L´absence (mots sur ces maux)

C’est une heure d’après midi devenue écho du silence. Celle, précisément, où le soleil embrasse les feuilles des arbres, l’herbe des prés avec une telle intensité que les verts deviennent bleus. C’est une heure où l’évanouissement dans le sommeil est hanté de cauchemars troubles, inquiets.

C’est l’heure de ton absence. Rien n’est plus présent à ce moment là que ce vertige. Tension rancunière hésitant entre le vide ou la terreur, tout prend la couleur, le goût de ton inconsolable absence.

Je suis seule dans l’une des chambres du haut. Par la fenêtre, j’observe le jour qui décline lentement, le bleu s’assombrir sur les contours des feuilles de l’orme. Les mots du livre que je garde entre les mains ne retiennent plus mon attention. Peu à peu, je me laisse absorber par le flétrissement des sens, gagnés par l’endormissement, sans pourtant y consentir. Les siestes tardives m’ont toujours réservé plus d’un trouble.

Les dernières images que je garde te ressemblent : des cieux, le vent dans les feuilles, tes yeux, une foule solitaire dans une ville que je ne reconnais pas, de vastes étendues pourpre et ocre le long d’une route désertée aux heures étranges du soir, tes mains cherchant le désir, un sourire de toi encore puis c’est la chute.

Obscure clarté de l’abandon. J’entre dans un rêve désordonné peuplé d’images sans suite, influencées par la lourdeur des après midis solitaires. Me parviennent du bas des rires, des voix qui résonnent de plus en plus fort comme l’écho le plus strident de ton absence. C’est encore elle qui me fait revenir peu à peu à cette zone insoutenable d’un éveil mal maîtrisé. Contre la vitre, je vois des ombres se débattant dans un bruit d’ailes. Oiseaux noirs s’impatientant de la pluie que j’entends maintenant plus précisément. Gouttes ruisselant sur les parois, martelant le sol, happant ma tristesse.

Je me tourne en saisissant le drap, l’enroulant autour de moi comme pour étrangler ces impressions qui me brûlent l’âme. Ton image, encore. En demi veille, je déchiffre tes rides comme une géographie qui me donnerait à voir tout le passé dont je suis l’absente.

Sur ma cuisse, ma main cherche la tienne. En vain. Saisit de nouveau ton visage, sa lumière. « Brille par son absence »…je piétine dans cette obsessionnelle conscience de solitude. J’aime si souvent être seule. Mais à cette heure, ma solitude est à tel point remplie de toi qu’elle me donne l’impression d’être assoiffée. Tu la préserves, la tortures, la façonnes et lui donnes ton nom.

Je me lève, flottante mais néanmoins décidée à rejoindre ces rires, ces voix, à leur restituer un corps. Ce ne sera pas le tien, la magie que le tien garde pour moi ; ce ne sera encore que l’écho visuel de ton absence. Impénétrable.

Mais ces corps étrangers et familiers me rappelleront que le mien est là, existe sans toi, que le temps s’égrène et se vit aussi loin de toi. Je descends une à une les marches de la maison de mon exil en retenant encore ta voix, ton rire, en sachant que dans quelques secondes la mienne, le mien se mêleront à d’autres, se confondront avec d’autres quand seul mon silence parlera encore à cette lumineuse et intime présence que tu as caché au fond de moi, trésor de ton absence.

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